Nuages sur la ville : l'air du temps
Marc-André Lussier (La Presse)

Le premier long métrage de Simon Galiero ne ressemble à rien d’autre. C’est déjà une grande qualité. Le réalisateur, primé aux Jutra en 2008 grâce à son court métrage Notre prison est un royaume, propose un cinéma en prise directe avec celui de ses aînés, tout en empruntant un ton singulier, original.

L’auteur cinéaste s’offre une quête de sens en noir et blanc. Et il s’interroge – non sans ironie parfois – sur la notion de transmission dans un monde où les différentes générations sont en rupture les unes avec les autres.

Au coeur du récit, trois personnages. Un écrivain en panne d’inspiration gagnant sa croûte grâce à son emploi de fonctionnaire (Jean-Pierre Lefebvre); un ancien gardien de sécurité au chômage qui, grâce au fonctionnaire, trouvera peut-être un nouvel emploi dans un zoo (Robert Morin); et un intellectuel d’origine polonaise (Téo Spychalski), ami de longue date de l’écrivain qui n’écrit plus.

Le fait que les trois protagonistes soient incarnés par des metteurs en scène ne relève pas du hasard; Galiero aborde au passage le rôle de l’art dans la société, tout en faisant écho au statut des créateurs plus «marginaux».

Même si le fond de son questionnement est grave, l’ancien critique de cinéma baigne son récit dans un climat de douce absurdité ; cela fait d’autant mieux ressortir le caractère incongru du monde contemporain qu’il décrit. En ce sens, les discussions qu’a l’écrivain polonais avec son neveu en pleine forêt sont révélatrices d’une profonde incompréhension mutuelle. L’aîné déplore ainsi le déclin social et culturel d’un monde courant selon lui à sa perte; le cadet renvoie au visage de l’aîné les contradictions d’une génération qui a pourtant façonné la société dans laquelle on vit aujourd’hui…

Tous les personnages, en mal de repères, se retrouvent ainsi dans une crise existentielle, évoquée par une série de tableaux impressionnistes distillant un humour à la fois candide et désespéré. Les (magnifiques) images en noir et blanc de Nicolas Canniccioni donnent à l’ensemble sa part d’onirisme, bien que le récit reste toujours ancré dans un environnement réaliste.

La démarche, à n’en pas douter, suscite l’intérêt. Galiero pose les jalons de son oeuvre. Et met en exergue une réflexion pertinente sur notre époque. Par les temps qui courent, cela n’est pas si fréquent.