Nuages sur la ville : un film qui a du chien!
Par Charles-Henri Ramond

Nuages sur la ville est une vision très personnelle de notre société, celle d'un jeune réalisateur, remarqué pour ses courts métrages, et qui prend le cinéma pour ce qu'il est encore : un art. Et si le propos peut sembler sombre et appelle plusieurs niveaux de lecture, le film de Galiero n'est pas pour autant un film d'intellectuel comme j'ai pu le lire ailleurs.

À travers le portrait de trois personnages aux passés révolus (un écrivain en mal d'inspiration, un éditeur blasé et un cinquantenaire qui ne trouve pas d'emploi), Nuages sur la ville donne l'image teintée d'ironie et d'amertume d'une société occidentale (et pas uniquement le Québec) en proie aux maux qu'elle a elle-même fabriqués. Le spectateur retrouve dans ces trois tranches de vie des références très directes avec son quotidien, celui des aînés dont on ne s'occupe plus, celui des artistes désabusés ou celui d'un système plus vraiment adapté aux besoins réels de la population. Comme tous les films qui offrent une vision personnelle de la société, le spectateur peut décider de s'insérer ou non. C'est ce qui rend la chose cinématographique particulièrement intéressante dans mon cas.

Loin d'être aussi austère que son superbe noir et blanc le laisse croire, Nuages sur la ville hérite même de scènes qui m'ont fait énormément rire, notamment celle où Jean-Pierre Lefebvre, maladroit, essaye la Wii de son petit-fils, ou encore celle où il se heurte à l'incompréhension de la vendeuse polonaise lorsqu'il demande des films d'Andrej Wajda. Et que dire des slogans du gouvernement figurant sur les affiches collées au mur de son bureau. Hilarant. D'un rire sain et intelligent, rarement vu dans un film québécois.

L'autre aspect qui m'a beaucoup plu dans le film, c'est avec l'insertion de savoureuses scènes jouées en polonais par Théo Spychalski et Alex Bisping (Un Capitalisme sentimental), tous les deux excellents. Ironiquement, ces deux personnages sont les seuls à avoir des discours empreints de profondeur et d'importance, ce qui est loin d'être le cas des autres personnages. Le Québec aurait-il à ce point perdu l'envie de refaire le monde?... Au spectateur de se forger un avis en y réfléchissant bien. Galiero ne donne pas de réponses! Il faut reconstituer le casse-tête soi-même et c'est tant mieux.

En tout état de cause, je remarque qu'à l'instar des films de certains de nos jeunes réalisateurs, tels Maxime Giroux (Demain) ou Rafaël Ouellet (Derrière moiNew Denmark), Nuages sur la ville est une bonne bouffée d'air frais dans une cinématographie dominée par un cinéma populiste qui tourne en rond à force de vouloir plaire à tout prix. Un premier long métrage réussi et prometteur que je recommande chaudement à ceux et celles qui n'ont pas peur de devoir exercer un véritable rôle de spectateur.